Finances

Finances de Brest : état d’alerte et mauvais choix

Lors du Conseil  municipal  de Brest  du  19 décembre 2014, Bernadatte MALGORN, présidente des élus du Rassemblement Pour Brest est intervenue dans le cadre du débat d’orientation budgétaire de BMO pour l’année 2015.

Bernadette MAFrance 3LGORN a  dénoncé les orientations budgétaires de la municipalité Cuillandre, marquées par l’absence de volonté de maîtrise et de  choix stratégiques.

 » Monsieur le Maire, chers collègues,

Vous nous invitez aujourd’hui comme le veut la loi au débat d’orientation budgétaire de la Ville de Brest pour 2015.

L’article L.2312-1 du Code général des collectivités territoriales prévoit en effet que « dans les communes de 3500 habitants et plus, un débat a lieu au conseil municipal sur les orientations générales du budget de l’exercice ainsi que sur les engagements pluriannuels envisagés ».

Le texte ne dit pas éventuellement comme cela figure dans votre rapport.

Nous devons donc trouver des orientations et de la pluri-annualité.

Les 23 premières pages de votre note de synthèse traitent du contexte : c’est effectivement utile

Sans surprise nous retrouvons une analyse qui, si elle émanait de mon groupe aurait pu être qualifiée par vous de caricaturale –il y avait aussi dénigrement- tant elle est inquiétante pour notre cité et ses habitants.

Tous les indicateurs soulignent le marasme économique de la ville, par exemple l’augmentation des subventions d’équilibre au CCAS et à la Caisse des Ecoles, mis sous pression par la crise.   Vous mentionnez vous-même que la population de la ville se réduit et que la consommation des ménages diminue. Le nombre de logements vacants et la chute des prix de l’immobilier n’empêchent cependant pas de voir se développer de manière débridée de nouvelles zones d’habitat. Dans le même temps, le nombre d’emplois diminue aussi inexorablement. Dans une ville où l’emploi public est déterminant, où le commerce, l’immobilier et l’industrie sont directement affectés par la crise, ce sont plus de 1300 à 1400 pertes d’emplois que vous décomptez, auxquels il faut encore ajouter le plan social du ministère de la défense et l’annonce de 200 suppressions à l’Hôpital d’Instruction des Armées. Comme vous l’indiquez vous-même, les ménages se retrouvent durablement « au cœur des difficultés ».

Dans un tel contexte, nous avions tiré la sonnette d’alarme. Vous n’avez pas anticipé et vous êtes maintenant au pied du mur.

Quelles sont vos orientations pour 2015?

Nous les découvrons en deux pages et demie. Ces orientations ne sont pas de nature à répondre aux problèmes des Brestois :

  • La fiscalité locale continue à augmenter, tout particulièrement celle des ménages. Vous voulez l’accroître en 2015 de 1,5%, un niveau bien supérieur à l’inflation réelle. Comment tiendrez-vous vos promesses de ne pas augmenter les impôts locaux quand les bases votées à Paris progressent de 0,9% ? Le blocage annoncé des taux est, en toutes hypothèses, insuffisant ! A cette pression sur le contribuable, il faut ajouter l’augmentation régulière aussi des tarifs publics que nous dénonçons régulièrement, et qui touche elle les usagers. Mais en ville, ce sont souvent les mêmes personnes ! Les classes moyennes et les travailleurs pauvres sont les premiers touchés.
  • Vous pointez la conjoncture et la baisse drastique des dotations de l’Etat, et par voie de conséquence, celle des autres échelons, régionaux, départementaux et communautaires, à hauteur de plus de 20% sur la période 2014-2017. Cette baisse est effectivement aussi brusque que lourde de conséquences pour la ville, notamment pour l’épargne et l’investissement. Elle vient en contrepoint des annonces mirifiques faites hier par le Premier ministre à l’occasion d’un rapport d’étape sur le pacte d’avenir et de la signature d’un protocole sur les futurs engagements du CPER, des programmes européens du programme des investissements d’avenir, du nouveau PNRU et autres caisses publiques que l’on sera autorisé à solliciter.  On prend d’une main, rendra-t-on de l’autre ?
  • Alors il faudrait pouvoir maîtriser vos charges de fonctionnement qui augmentent encore de plus de 3,5% en 2014 quand les recettes ralentissent fortement (+0,6%, soit le sixième de l’augmentation des charges). N’attendez pas pour engager le dialogue sur l’évolution à moyen terme de la gestion des ressources humaines. D’autant qu’il faut dès maintenant se préparer à gérer les nombreux départs en retraite qui devraient survenir en 2018.
  • La baisse brutale de la capacité d’épargne, plus du quart en un an, au même rythme que la baisse des dotations, montre enfin que la conjoncture nationale n’épargne pas la pointe de la Bretagne, bien au contraire, et que cela menace de durer ! Et les secteurs fragilisés sont ceux qui devraient au contraire porter le développement de la ville : l’immobilier, le commerce, l’industrie. L’effet de cisaillement entre les recettes qui diminuent et des charges de fonctionnement mal maîtrisées est amplifié par une politique d’investissement qui délaisse l’entretien du patrimoine – les investissements dits « courants », baissent d’un quart – au bénéfice de grands projets comme la Médiathèque des capucins.
  • Nous sommes favorables à la réhabilitation d’e l’EHPAD de Kerlevenez mais opposés à l’opération médiathèque des Capucins dont le coût prévisionnel s’élève déjà à 20 millions€. Je sais que nous sommes ici en conseil municipal et qu’il vous déplaît que l’on parle de BMO. Je n’évoquerai donc pas le téléphérique et les 2,560 millions annoncés par Ségolène Royal ; une des deux véritables annonces gouvernementales d’hier avec l’inscription de Bellevue comme opération nationale du nouveau programme de rénovation urbaine. Mais qu’avez-vous prévu pour les Halles Saint-Louis. Après la défection de la compagnie de Phalsbourg, on avait cru comprendre que la ville reprenait la main : une réhabilitation avait été chiffrée à 10 millions par vos soins. Rien dans vos orientations. Est-ce à dire que vous songez à en faire un équipement d’intérêt métropolitain. Cela vaut sûrement débat mais nous ne pouvons le mener seuls.

Sur la pluri-annualité, nous avons droit à dix lignes qui évoquent « l’absence de visibilité sur l’avenir financier du secteur public local ».

Les perspectives sont suffisamment sombres pour que nous en appelions à un sursaut, et à une évolution importante de vos orientations :

  • La priorité doit être donnée à l’investissement dit « courant » –alors que vous prévoyez de baisser les crédits d’un quart. Cet investissement est indispensable à la conservation du patrimoine. Il s’agit de stopper la paupérisation de fait du cœur de la ville. Sans revenir dans le débat sur les compétences, le quartier des Halles Saint Louis doit devenir le drapeau de cette nouvelle politique, et aussi d’un soutien affirmé au commerce et à l’attractivité de la ville. »