Cadre de vie

Remettre la République dans les quartiers

Lors du Conseil municipal de Brest le 2 avril dernier, Bernadette MALGORN, présidente des élus du Rassemblement Pour Brest  était intervenue sur la politique de la Ville à l’occasion d’une délibération  sur le projet de contrat de ville 2015-2020 de Brest métropole.

Elle avait alors mis en évidence  les absences du texte s’agissant des nouvelles problématiques, notamment en matière de sécurité et de  prévention contre la radicalisation islamique de certaines personnes vivant sur notre territoire.

C’est à un constat analogue que Bernadette MALGORN, présidente  des élus régionaux Droite & Centre de Bretagne,  s’est livrée lors de la dernière session du conseil régional de Bretagne  les 9 et 10 avril 2015.

Nous reproduisons ci-après son intervention .

« Monsieur le Président, Chers Collègues,

La nouvelle politique de la ville issue de la loi du 21 février 2014 se situe en fait dans une grande continuité avec la loi de 2004, dont le bilan a été généralement considéré comme globalement positif, c’est-à-dire avec de belles réussites en matière de rénovation urbaine et nous en avons quelques exemples en Bretagne, mais aussi des insuffisances quant à l’objectif qui visait à « remettre la République dans les quartiers et les quartiers dans la République » comme le citait la Loi, avec des difficultés persistantes d’intégration des populations d’origine immigrée. Mais depuis l’an dernier et la promulgation de cette loi, il s’est produit des événements qui, à juste titre, ont interpellé les responsables jusqu’au sommet de l’Etat. Les attentats des 7 et 9 janvier, ont soulevé une émotion considérable qui s’est traduite par les manifestations monstres du 11 janvier. Alors nous avons marché pour l’unité nationale, contre le terrorisme, pour la liberté d’expression, contre l’antisémitisme et pour rendre hommage à l’action de notre police.

Nous, oui sans doute la plupart d’entre nous ici. Mais beaucoup n’étaient pas là, illustration des échecs en matière de politique d’intégration des populations d’origine immigrée. Et si les plus hautes autorités de l’Etat ont voulu faire vivre l’esprit du 11 janvier, tout en disant qu’il fallait passer de l’émotion à l’action, des initiatives ont effectivement été prises à l’initiative du Président de la République et du gouvernement. De bonnes initiatives : une plateforme contre le djiadisme, un projet de loi sur le renseignement sous la houlette de Monsieur Jean-Jacques URVOAS, les initiatives contre le radicalisme islamique et le programme « Egalité, Citoyenneté, la République en acte » adopté par le gouvernement le 6 mars dernier et qui vient donner de nouvelles orientations à la Politique de la Ville. Dans cette réorientation, le gouvernement en appelle à la société civile et aux collectivités locales. Dans son rapport au Sénat sur la prévention de la radicalisation, Jean-Pierre SUEUR fait 110 propositions, dont une partie s’adresse directement aux collectivités locales.

Alors Monsieur le Président, ces décisions et propositions sont récentes et vous n’avez sans doute pas eu le temps de les intégrer dans vos propres orientations, mais les éléments du départ ne sont pas nouveaux et il est étonnant, je dirai même surréaliste, que nulle référence n’y soit faite.

Dans votre communication liminaire à notre débat général, vous avez longuement analysé les résultats des dernières élections et vous projetant sur les prochaines régionales. Vous appeliez une future majorité, qui par définition ne serait pas la votre, à prendre conscience qu’elle serait je vous cite « confrontée aux mêmes difficultés non résolues parce que non identifiées ou non assumées ». Je suis d’accord avec vous Monsieur le Président, mais il est des problèmes qui à ce stade n’ont été ni identifiés, ni assumés. Alors me direz-vous, ces questions nous dépassent et ce n’est pas nous Conseil régional de Bretagne, qui allons pouvoir les

résoudre. A vrai dire, nous ne remettons pas en cause, le principe affirmé dans votre rapport, de l’intervention à titre principal du droit commun de nos compétences en matière d’accompagnement de la Politique de la Ville. Même si vous affirmez, c’est dit dans votre rapport que «vous déploierez ces dispositifs de droit commun avec une attention accrue tout en recherchant dispositif par dispositif à adapter ces modalités», cela semble une simple pétition de principe. Je ne vais pas prendre plusieurs exemples, on aurait pu en prendre dans pratiquement chacune des politiques de droit commun de notre compétence qui peuvent participer à la Politique de la Ville.

Je ne prendrai que l’exemple des lycées. Vous le savez, au moment de la minute de silence, il y a eu des problèmes dans tel ou tel établissement, et les enseignants se sont trouvés ensuite confrontés à des débats, à des discussions et n’ont pas toujours été en mesure de pouvoir y faire face. Ces difficultés des enseignants ont d’ailleurs été prises en compte par les autorités académiques qui sont en train de réfléchir pour mettre en oeuvre des programmes spécifiques de formation. Il nous faut donc imaginer une autre approche en la matière que de se contenter de dire que l’on va faire bénéficier je vous cite, parlant du dispositif KARTA «accessible par un appel à projet annuel dont bénéficient également les élèves issus des quartiers de la Politique de la Ville ». Je pense qu’il faut aller au-delà de cet « également » pour imaginer, en se rapprochant des autorités académiques, des propositions plus spécifiques et pourquoi pas adapter notre dispositif KARTA pour répondre à ses problèmes qui ont été identifiés au moins par les autorités académiques. Alors vous le savez Monsieur le Président, nous accompagnerons de nos votes la plupart des opérations relevant de la Politique de la Ville, mais à ce stade nous considérons votre rapport comme hors du temps et pas à la hauteur des événements qui ont mobilisé notre Pays et des menaces qui continuent à frapper à Copenhague, à Bamako, à Tunis ou à Garissa.

Etes-vous prêt Monsieur le Président, à revoir les orientations régionales de la Politique de la Ville en réponse à ce nouveau contexte et aux nouvelles orientations données par le gouvernement ? C’est ce que nous demandons. »

Rappelons  pour mémoire ce que Bernadette MALGORN avait déclaré lors du Conseil municipal du 2 avril 2015.

Elle indiquait notamment : « L’affaire est en gestation depuis la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014. Les 1300 quartiers prioritaires, dont 7 à Brest, ont été connus en juin. En décembre dernier ont été désignés les 200 quartiers d’intérêt national qui émargeront au nouveau programme national de renouvellement urbain 2014-2024 : Brest y figure avec Bellevue.

Ces programmes se situent dans la ligne de ceux qui les avaient précédés et nombre de leurs actions mériteront d’être soutenues.

Mais il s’est produit le 7 janvier et dans les jours qui ont suivi des événements dramatiques qui ont suscité l’émotion générale.

Nous avons marché ensemble le 11 janvier contre le terrorisme, pour la liberté d’expression, contre l’antisémitisme et pour rendre hommage à notre police.

Le gouvernement a pris une série d’initiatives en matière de sécurité et de lutte contre le djihadisme. A l’occasion de la réunion interministérielle du 6 mars 2015 « égalité et citoyenneté : la République en actes », de nouvelles orientations ont été prises en matière de politique de la ville.

A chaque fois, appel est fait à la mobilisation citoyenne, et, en premier lieu aux collectivités locales. Cet appel ne semble pas être parvenu jusqu’ici. Car le contrat cadre que vous nous présentez aurait pu l’être avant le 7 janvier. Pourtant, depuis lors, Copenhague, Bamako ou Tunis nous ont rappelé la persistance et la nature de la menace.

Sécurité, intégration, radicalisme islamique : ces sujets sont absents de votre document. A peine y évoque-t-on la tranquillité urbaine et le plan départemental de prévention de la délinquance. On y voit aussi, de façon surprenante, la laïcité inscrite entre guillemets, alors même que l’on prétend la promouvoir, objectif que l’on ne peut que partager.

Est-ce à dire que Brest ne serait pas concernée par les questions de sécurité, d’intégration des populations immigrées et les risques de radicalisation islamique ?

L’actualité locale nous dit l’inverse.

Les incidents, souvent graves, sont récurrents dans et autour des transports en commun. Au point que le personnel, exaspéré de ne pas être entendu, a dû, à plusieurs reprises, cesser le travail et annonce encore pour demain une suspension du trafic.

Par ailleurs la population s’inquiète de voir des locaux se transformer en lieux de culte ou d’enseignement de l’islam sans savoir si l’on est dans l’exercice normal d’un culte garanti dans une république laïque ou s’il s’agit de foyers d’embrigadement dans des parcours funestes.

Ces sujets, certes délicats, doivent être traités.

A ce stade, vous les occultez. Nous ne pourrons pas nous associer à ce déni. »