Cantines scolaires : un raisonnement jusqu’à l’absurde

Publié le Publié dans Interventions et communiqués

Le Conseil municipal de Brest du 11 juin dernier,  a permis à Laurent GUILLEVIN, conseiller municipal,  de mettre en évidence un raisonnement  qui, poussé  jusqu’à l’absurde, a conduit la municipalité Cuillandre à éliminer des cantines scolaires de la Ville,  toutes  les références liées  à Noël,  à la galette des Rois ou encore  la Chandeleur.

Ces  fêtes seraient-elles suspectes  de ne pas être suffisamment républicaines ?

On sentirait presque dans cette attitude,  comme un vieux relent d’anticléricalisme  venu d’un autre temps…   Sauf que…, pour paraître moins dogmatique et surtout moins ridicule, la municipalité de gauche brestoise aurait été bien avisée de revoir son référentiel.

Pour illustrer  cette situation totalement baroque, nous reproduisons  ci-après  l’intervention de Laurent  GUILLEVIN, à l’occasion  de l’examen du « Rapport annuel  d’activité  du délégataire du service public de la restauration collective municipale ».

page 14  du Rapport annuel d'activité
page 14 du Rapport annuel d’activité

 » Monsieur le Maire, Chers collègues,

Nous avons pris connaissance avec intérêt du rapport du délégataire pour la restauration collective 2013-2014. Celui-ci va dans le bon sens et nous soutenons les orientations prises dans le domaine de la nutrition et de la santé des enfants dans les écoles brestoises.

Ceci étant dit, permettez-moi d’inviter Rabelais à la table.

Ecoutons-le, six siècles plus tard, nous dire qu’il « vaut mieux une tête bien faite que bien pleine ! »

Evidemment, qui pourrait le contredire, et d’autant plus dans un cadre scolaire ? N’est-ce pas le but justement de l’école que d’apprendre aux enfants à lire, écrire, compter  tout autant que de transmettre également notre culture ? notre histoire ?

Or quel n’a pas été notre étonnement et je dois dire une certaine forme de perplexité sur ce compte-rendu, à la lecture des intitulés des animations telles que :

  • « la fête de fin d’année » pour dire en réalité Noël et le nouvel An ;
  • la « fête de la galette » pour dire « la galette des rois » ou mieux encore « l’Epiphanie » ;
  • ou encore je cite « fête des crêpes » pour parler de la Chandeleur.

Ces noms peu évocateurs, ne permettent pas aux enfants de connaître l’origine de ces fêtes.

C’est regrettable dans un cadre scolaire où l’apprentissage de la culture est essentiel.

Je perçois déjà les mouvements réprobateurs sur les bancs de votre majorité pour nous signifier que nous sommes dans un cadre laïc et que ces fêtes ayant un rapport avec la Foi chrétienne, n’ont pas leur place à l’école.

Il faudrait donc supprimer tous les termes supposés s’y rattacher. Supposés en effet,   car souvent fêtes religieuses et fêtes païennes se sont mêlées.

Auriez-vous peur des mots ?  Auriez-vous peur de l’histoire ?

Raisonner ainsi c’est méconnaitre l’étymologie des mots et l’origine de certains termes.

Prenons l’exemple du mot « Chandeleur », banni désormais de votre vocabulaire.

Le nom de cette fête, Chandeleur, ou fête des chandelles, a une origine latine et païenne : « La Festa candelarum » ; fête des chandelles – autrement dit « Fête de la lumière »-.

Alors pourquoi des crêpes ? Et bien parce que les crêpes avec leur forme ronde et leur couleur dorée rappelait le soleil. On confectionne alors des crêpes à la Chandeleur, moment de l’année où les jours s’allongent de plus en plus vite. Mais c’est aussi à cette époque de l’année que les semailles d’hiver commençaient.

On se servait de la farine excédentaire pour confectionner ces crêpes, qui étaient alors un symbole de prospérité pour l’année à venir. Rien de très chrétien là-dedans à l’origine.

Si ce n’est que pour les chrétiens, qui en ont fait aussi une fête religieuse qui correspond à la Présentation de Jésus au Temple or, pour les chrétiens, Jésus est lumière du monde. Voilà une des explications.

Il en est de même avec l’Epiphanie qui est devenue, avec le temps, une fête religieuse marquant la fin du cycle de Noël.

Mais son origine première est païenne et puise son origine dans les Saturnales de la Rome antique, sept jours durant lesquels la hiérarchie sociale pouvait être brocardée.

Quant au partage de la galette des Rois  dont on se souvient qu’elle fut un temps sujet à polémique dans cette enceinte, en poussant le raisonnement jusqu’à l’absurde, elle est aussi païenne.

Si la tradition veut que l’Épiphanie soit l’occasion de « tirer les rois » c’est simplement que durant ces Saturnales, célébrées début janvier, les rôles étaient inversés entre les maîtres et les esclaves lesquels devenaient les « rois d’un jour» pour ceux qui découvraient une fève dissimulée dans un gâteau qui symbolisait le Soleil et la lumière.

Au final, que l’on soit croyant ou non ; n’est pas la question. Mais cela fait partie de notre histoire ; qu’on le veuille ou non.

Enlever les termes « Noël », « Chandeleur », « Epiphanie » ou « Galette des Rois » c’est détourner les enfants d’une possible curiosité.

Qu’est-ce que c’est que la Chandeleur  ou l’Epiphanie ? Pourquoi mangeons-nous des crêpes ou une galette ?

Transmettre un savoir, c’est aussi proposer des conditions pour le faire naître.

Ce qu’il y a dans l’assiette, peut aussi servir à transmettre !

Pourquoi s’en priver ? « 

Dans une tentative maladroite de  » biaiser » le débat, le maire de Brest a voulu expliquer  que tous ces termes existaient encore,  citant la page 24  dudit rapport  du délégataire…  Sauf  que cette page 24   se rapporte au portage des repas à domicile… pas aux cantines scolaires !!!

C’est d’ailleurs ce que Philippine d’AVOUT , conseillère municipale, lui a judicieusement fait remarquer  en séance publique, en rappelant  que  la page évoquée par le maire n’avait strictement rien à voir  avec le sujet  puisque  pour les cantines il fallait bien  se reporter à la page 14 du rapport (reproduite plus  bas) !