Le conseil de Brest métropole réunit ce 9 juillet devait se prononcer  sur la délibération déclarant le projet du téléphérique d’intérêt général.  Pour les élus du Rassemblement pour Brest, par la voix de Marc BERTHELOT, il est clair que ce projet de l’équipe Cuillandre ne répond pas aux besoins réels de l’agglomération et de ses habitants. Il ne répond en réalité à aucun critère d’intérêt général.

Au contraire, ce projet,  avant même sa réalisation, est marqué  un manque évident de vision, de réalisme et d’anticipation. Les élus du Rassemblement pour Brest ont donc voté NON !

Marc BERTHELOT« Monsieur le Président,

Vous nous demandez aujourd’hui de déclarer d’intérêt général la réalisation du téléphérique.

Notre réponse ne vous étonnera pas.

C’est un NON ! un NON d’autant plus ferme et résolu que le sens de l’histoire nous donne raison.

Notre groupe du Rassemblement pour Brest a toujours considéré, dès la campagne des élections municipales de mars 2014, que l’ouverture des rives de la Penfeld, conséquence de la restructuration de la marine nationale interviendrait à moyen, voire à court terme.

D’ailleurs n’est pas comme cela que la magnifique opportunité du plateau des capucins s’est offerte à nous ?

Une telle évolution était inéluctable. Nous l’avions dit et écrit.

Cette évidence rendait par avance caduc un téléphérique comme moyen de liaison entre les deux rives de la Penfeld.

Et voilà que cette intuition forte prend corps.

La « nouvelle » vision de l’implantation de la marine dans la zone portuaire et plus précisément le long des rives de la Penfeld, dont la presse s’est fait récemment l’écho, constitue un profond bouleversement de la vision de Brest et des flux de circulation entre rive gauche et rive droite, avec d’autres perspectives et en supprimant des contraintes majeures.

Quel manque de vision, de réalisme, d’anticipation de votre part !

Ou alors quel manque d’honnêteté !

On ne peut que s’étonner que sur un sujet aussi essentiel, une telle information soit diffusée aussi tardivement et surtout opportunément après l’avis favorable émis par le commissaire enquêteur sur la future liaison par câble entre Siam et les Capucins.

Elle rend cet avis à peine donné caduque.

Les exigences de la Marine nationale concernant la Penfeld ont toujours été avancées comme argument majeur dans le choix du téléphérique par préférence aux autres solutions.

Il fallait soi-disant laisser passer de grands navires militaires.

Mais les grands navires militaires ne seront plus là, où le téléphérique lui sera et coûtera chaque année pas loin d’un million d’€!

Et tout cela vous le saviez mieux que quiconque.

Comment imaginer un renoncement de la Marine nationale à certaines emprises sur un brusque coup de tête, sans concertation préalable ?

Comment croire que vous n’étiez pas au courant de ce qui remet de fait en cause l’essence même de votre argumentation au bénéfice de la liaison aérienne par câble, pourtant encore complaisamment présentée en commission la semaine dernière.

Le changement de donne qui avait déjà fait évoluer la procédure au cours de l’été 2014 (et permis d’intégrer  une gare en encorbellement sur la rive gauche), avait été l’occasion pour notre groupe, comme  durant l’enquête publique (mi-avril / mi-mai 2015), de regretter que les solutions alternatives, multimodes et moins coûteuses en coût global (investissement et surtout fonctionnement) aient été aussi rapidement écartées.

Évalué à environ 38 M€ au km, le téléphérique est bien un choix coûteux – surtout sur une distance si courte. Il est désormais privé de sa principale motivation.

Nous nous faisions depuis longtemps le relais de tous ceux qui considèrent que ce projet est coûteux et inadapté.

Il ne répond pas au besoin de fluidification de la circulation entre rive droite et rive gauche de la Penfeld… il n’est et ne sera jamais un outil de désenclavement du plateau des capucins.

Ce changement de donne crée en outre une incertitude juridique sur les contrats passés.

La solution innovante retenue de cabines superposées se croisant à hauteur d’un pylône central ne se justifiait que pour préserver un tirant d’air important de près de 60m. Que reste t-il de cette exigence ? Qu’aurait été le résultat des consultations si les nouvelles données avaient été anticipée dès avant l’été 2014 quand le projet a été relancé ?

Au-delà, de ce changement majeur, la nature du besoin à satisfaire n’est d’ailleurs toujours pas claire. S’agit-il d’assurer un transport fonctionnel ou d’une attraction touristique ? et nous avons tous que la réponse à cette question conditionne la pertinence, voir le caractère réel, de l’affectation de cet équipement au budget transport avec toutes les conséquences en terme de financement que cela implique.

Le choix du téléphérique, qui ne privilégie que la voie piétonne, s’est fait sur des éléments sommaires. Ils surestiment la fréquentation et sous estiment le poids des charges de fonctionnement.

L’option retenue, « d’une importante complexité technique » selon le donneur d’ordres lui-même,  se distingue en effet par des coûts de fonctionnement élevés et bien sûr récurrents en raison des exigences de sécurité.

Si le financement de l’investissement n’est supporté que pour partie par la Métropole, le fonctionnement sera lui porté par les entreprises et les ménages. Le bilan d’exploitation est déjà annoncé négatif en régime courant.

Ce déficit devrait être très supérieur pendant la longue phase transitoire de mise en place du quartier des Capucins, et l’atteinte d’objectifs de fréquentation qui semblent  très ambitieux dans le contexte du tourisme de l’agglomération (650 passagers/h et par voie – 650 000 passagers par an).

Le renoncement à l’implantation d’un multiplex est déjà un signe plus qu’inquiétant.

Le projet de médiathèque, qui déshabille le centre-ville et monopolise le plus remarquable point de vue de ce nouveau quartier, suffira-t-il : l’hypothétique fréquentation de cet espace culturel justifie-t-elle un investissement aussi coûteux pour permettre aux usagers d’y accéder ?

Dans votre projet, la nécessaire continuité avec l’ensemble des modes de transports est rompue : en effet, l’accès à la station  téléphérique du boulevard Jean Moulin se fera nécessairement à pied par la rue Ducouëdic ou la rue Monge.

Par ailleurs le réaménagement de ces rues va nécessairement entraîner la suppression de places de  stationnement. Quel sera l’impact sur le secteur ? Où stationneront les touristes censés être attirés sur le site des Capucins par ce téléphérique ?

Par ailleurs, le seul thème sur lequel le commissaire enquêteur a émis des recommandations concerne la sécurité du système. Dans le contexte hautement sensible en termes de menace en raison des installations militaires et industrielles particulières qui caractérisent la rade de Brest, c’est la sûreté  de ce  téléphérique qui doit être  au centre des préoccupations.

Premier de son genre dans un environnement militaro-civil, ce sera un symbole  dont toute atteinte assurera un écho médiatique à son auteur.

Le dossier est incomplet sur les mesures prévues pour éviter les incivilités, notamment pendant les périodes de festivité, ou les actes à caractère terroriste, mesures qui devraient aussi avoir un impact sur le coût de fonctionnement.  Ces phénomènes  apparaissent comme minimisés, alors qu’ils doivent être un point central à traiter.

Les réponses apportées à ce stade sont floues, car noyées dans les mesures générales du réseau Bibus. Ce ne sont que des réponses dilatoires qui vont aussi aggraver le coût de fonctionnement déjà tendu au regard du service rendu. On peut douter qu’elles soient à la hauteur de l’enjeu.

Au vu de tous ces éléments, la solution que vous nous demandez de valider ne répond pas au besoin de fluidification des échanges courants entre rive gauche et rive droite, tous modes concernés.

Les annonces prochaines de la marine sur son implantation dans la Penfeld constituent un élément majeur que vous ne pouvez plus négliger et qui anéantit l’essentiel de votre argumentation.

Votre projet de téléphérique ne répond en réalité à aucun critère d’intérêt général.

Les sommes engagées ne sont pas encore dépensées.

Il n’est donc pas encore trop tard pour prendre en compte les perspectives ainsi ouvertes et ré-étudier un plan de circulation plus ambitieux au service de la population et de l’économie de la Métropole ; un plan de circulation qui s’inscrive dans une vision urbaine et portuaire profondément renouvelée. »

One thought on “Téléphérique : manque de vision, de réalisme, d’anticipation

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