Brest : un budget 2016 en trompe l’oeil

Publié le Publié dans Finances, Interventions et communiqués

Après l’examen du budget 2016  de Brest Métropole (article du 4 mars 2016),  le conseil municipal de Brest était appelé  le 10 mars 2016, dans une ambiance particulièrement tendue  (article du 11/03/2016), à se prononcer sur le projet de budget pour la ville de Brest.

Le Rassemblement pour Brest par la voix de  Bruno SIFANTUS  a montré  que le budget 2016 de l’équipe Cuillandre  est avant tout un exercice   « en trompe l’œil » :

« Dans la présentation du projet de budget 2016, tout est fait pour donner de la ville de Brest une image rassurante. Mais pour avoir une vision plus réaliste et constater que la crise s’installe durablement, il ne faut pas oublier que l’essentiel se passe désormais au niveau de la Métropole, ni négliger les aspects très inquiétants des orientations budgétaires que vous avez fait voter au mois de janvier dernier.

Brest est bien marquée par une démographie qui ne cesse de reculer, pour s’établir à moins de 140 000 habitants selon les derniers chiffres officiels 2012 de l’INSEE, et par une activité économique déclinante. Et c’est semble-t-il toujours la faute des autres, faute de l’Etat, faute de la crise qui se manifeste par « la contraction de l’activité privée », et en Bretagne par la montée du tertiaire au détriment notamment de l’industrie, et du BTP, ce qui n’est pas de bon augure pour l’agglomération.

Vous mettez en avant la stabilité des taux de la fiscalité locale. Il est nécessaire de rappeler que les bases elles augmentent de 1% au moment où l’inflation reste négative, l’inflation sur un an glissant en février 2016 est en effet annoncée par la Banque centrale européenne et par l’INSEE à -0,2 %. Cela se traduira probablement et comme l’an dernier par une augmentation de fait de la pression sur les contribuables et l’économie, qui s’ajoutera à la pression exercée par les autres strates administratives locales et nationale. Il faut également prendre en compte l’augmentation de beaucoup de redevances qui en découle, comme le montre la variation positive de plusieurs millions d’euros  de « l’ensemble des produits des services ».

Vous soulignez l’effort de maîtrise des charges de fonctionnement, confirmant ainsi les alertes que nous avions lancées sur l’effet de ciseau entre des recettes qui faiblissent et des charges qui peinent à se stabiliser. Mais les hypothèses retenues pour l’inflation sont, comme pour les impôts, peu réalistes, et cachent de fait des charges qui devraient se révéler bien supérieures à vos prévisions. On peut regretter aussi le manque de clarté et de discernement de votre politique de subvention aux associations qui dans vos prévisions contient toujours un objectif de près de -4%.

Concernant la dette, enfin, et si l’on ne regarde que le budget de la ville, la politique de désendettement pourrait paraître vertueuse. Mais la réalité est beaucoup plus incertaine. Au moment où l’Europe pointe le niveau de la dette publique en France, « qui continue d’augmenter » et classe le pays dans les cinq derniers des dix huit pays de l’UE qui ont fait l’objet d’un bilan approfondi, la part locale des engagements du contribuable brestois est beaucoup plus forte que l’encours de 44 M€ que vous en montrez ici, et donc plus important que le poids de 305 € par habitant mis en avant.

Pour avoir une vision plus exacte des engagements qui pèsent sur la population citadine, il faut, vous le savez bien, ajouter plusieurs éléments :

  • D’une part chaque contribuable de Brest est également contribuable de Brest Métropole, et responsable des endettements correspondants.
  • D’autre part et par l’intermédiaire des participations conjointement majoritaires de  la ville et de Brest Métropole au capital des organismes satellites, le contribuable Brestois est légalement responsable de leur endettement en raison des garanties bancaires exigées par les organismes prêteurs.

Permettez moi de rappeler que l’encours de la dette de la Métropole est d’environ 380 M€ ; que le montant total des garanties bancaires au 01 Janvier 2016 de la Ville de Brest est de 160 M€ et celui de Brest Métropole de 380 M€.

C’est donc bien un montant d’au moins 4 500€ d’engagement par habitant dont il faut ainsi parler, soit bien plus de dix fois la somme officiellement et fort opportunément affichée par habitant !

Dans une ville dont la population décline et se paupérise, et si l’on s’intéresse maintenant aux ménages effectivement fiscalisés à la ville et à la Métropole, la situation apparaît encore plus critique. En se référant aux derniers chiffres officiels 2012 de l’INSEE, Brest compte 63500 foyers fiscaux dont environ 60% sont imposés. Le niveau de dette et de couverture de dettes représente alors une somme de l’ordre de 19 000 € par foyer fiscal payant l’impôt sur le revenu.

Il y a peu de probabilité de voir ces chiffres se répandre dans la presse, et pourtant toutes ces dettes devront être remboursées, quoiqu’il arrive – même si un retournement des taux survient. C’est donc une charge lourde pour ces foyers qui portent les engagements de vos exécutifs dans un contexte incertain et risqué, et qui sont aussi ceux qui vont devoir alimenter vos ressources par l’impôt.

Et rien dans les projets de la ville ne laisse entrevoir un possible redémarrage de l’activité, donc de l’emploi productif. Ce n’est pas la reprise a minima du projet des nouvelles halles Saint Louis qui va changer les perspectives. On peut douter aussi de l’effet moteur du projet des Capucins pour réactiver le cœur de ville, y compris sur le thème du tourisme et malgré le téléphérique…

Contrairement à la tonalité de votre communication, le projet de budget reste très défensif. Il essaie de faire de Brest une ville « présentable », au moins au travers des statistiques communales, même si elles ne sont plus représentatives de la réalité qui se joue plus largement au niveau de la Métropole, voire du Pays de Brest, ce qui ne manque pas d’entretenir nos préventions.

Les élus du Rassemblement pour Brest voteront donc CONTRE  ce  projet de budget«