La politique locale de l’urbanisme de Brest métropole en débat

Publié le Publié dans Interventions et communiqués, Rémi Hervé, Urbanisme et environnement

Chaque année,  Brest Métropole  doit organiser un débat sur la mise en œuvre de sa politique locale de l’urbanisme. Ce débat a eu lieu le 24 juin 2016.

Rémi HERVE, conseiller municipal et communautaire a exprimé la position de élus de Rassemblement Pour Brest

« Le rapport qui nous est présenté se place au moment où la révision du SCoT entre dans une phase plus stratégique. Il fait montre les signes d’un renversement de la politique de la métropole. Prenant enfin conscience des effets négatifs pour l’agglomération d’une politique débridée d’extension urbaine marquée par la multiplication de ZAC avec un fort volet habitat, il s’agirait maintenant de concentrer les efforts sur la métropole elle-même, en s’appuyant sur la primauté des « centralités » et avec une volonté au moins affichée de préserver le foncier agricole. On ne pourrait que s’en féliciter si cette orientation ne faisait pas naître un conflit latent entre le besoin de rayonner à l’échelle du département voire de l’Ouest breton, et la concentration des ressources et de l’investissement sur la partie la plus urbaine.

Les effets de la politique appliquée depuis plusieurs mandats n’ont pas réussi à limiter le déclin de la population. Les conséquences ont également été désastreuses pour l’immobilier, plaçant aujourd’hui le marché brestois, avec -10%, à la troisième place des villes où la baisse a été la plus forte depuis 5 ans.

Le logement neuf atteint un niveau de prix dérisoire (environ 1550€ le m2 pour les maisons et 1300€ le m2 pour les appartements) qui traduit un réel appauvrissement de la ville. Visiblement, construire n’est pas suffisant pour créer l’attractivité, et donc espérer une relance de l’activité économique. Le problème, c’est que le lourd système de satellites mis en place par la collectivité sur ce domaine (SEMPI, BMA, BMH) a toujours besoin de se développer, non seulement sur le Pays de Brest, mais bien plus largement comme nous l’avons vu.

Quand on voit qu’avec un nombre d’habitants qui diminue, le produit des taxes immobilières locales augmente lui en 2015 de 3,5%, on comprend ce besoin absolu d’élargir le champ des compétences de ces entités bien au-delà de la seule métropole, et de leur ouvrir le marché privé, afin de mieux asseoir leur développement, et leur domination de fait bien au-delà du logement social.

Avec un niveau d’endettement globalement élevé, le dispositif de satellites, également soutenu par un niveau élevé de subventions monopolise ainsi de fait l’ensemble du marché. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’avenir de l’immobilier local reste donc bien sombre. La volonté de la métropole d’exercer « ses fonctions de commandement à la pointe bretonne » risque de faire perdurer le lent déclin auquel nous sommes confrontés, car « le bâtiment contrôle tout ».

La question du commerce urbain de proximité a également été déjà largement débattue, mais les progrès ne sont guère visibles. La désignation d’un coordonnateur sera-t-elle suffisante compte tenu des effets dévastateurs du tram, cela reste à prouver.

Votre politique reste une politique d’agglomération en plein développement et qui devrait en toute rigueur être soutenue par le même mouvement de l’activité économique et de l’emploi. Elle reste confrontée à une activité et une population urbaine en déclin régulier, ce qui la condamne à moyen terme car vous ne pourrez plus la financer, étouffés par le poids de vos dettes. Elle ne parvient pas à inverser le lent appauvrissement qui finira par toucher toute la ville et bientôt les communes. La prise de conscience tardive du manque de grands logement ou de meilleur standing à côté d’une offre de logement social probablement excessive n’aura pas d’effet de court terme. On peut penser que la métropole restera encore longtemps dans un modèle ancien de métropole « clientéliste » qui voit la pauvreté se concentrer dans le centre, puis s’étendre inexorablement. Il n’est pas sûr que les voisins du Pays de Brest soient rassurés par ce modèle…

Il est temps de prendre conscience de cette situation et de freiner le développement de nouvelles zones habitées, de mettre en place un véritable moratoire sur l’extension de l’habitat, tant que des signes de retournement ne seront pas visibles, tant que la population urbaine continuera à décroître et le commerce urbain à souffrir et décliner.

On peut rêver à 2050, mais le chemin est encore long, et les perspectives bien sombres. »