Le 19 janvier 2017,  le  Débat sur les orientations budgétaires (DOB) se déroulait au Conseil municipal de Brest.  Conformément à la loi, un débat analogue s’est tenu  le 3 février dernier devant le  conseil communautaire de Brest Métropole.

p1000896Bruno SIFANTUS, a présenté à cette occasion et deux mois avant le vote du budget, les observations des élus du Rassemblement pour Brest.

 » Nous sommes au moment d’une prise de conscience. Dans le Débat d’Orientations Budgétaires (DOB) 2017 dont vous nous demandez de prendre acte, on voit comme à la ville votre analyse rallier petit à petit le constat que nous posons depuis déjà quatre ans, et qui vous fait craindre maintenant « d’aller dans le mur ».

On observe bien sûr une certaine tendance à mettre en avant les éléments les moins inquiétants, par exemple les objectifs de croissance de la France en 2016 de +1,5% dans le texte, corrigés à +1,2% dans un alinéa de bas de page, et finalement de +1,1% seulement, inférieure à la moyenne européenne… ou encore des « paramètres conjoncturels » déjà contredis, comme l’évolution des taux d’intérêts, ou le prix du pétrole, qui sont bien repartis à la hausse comme chacun peut le constater.

Personne ne peut savoir à ce stade ce que seront les conséquences du Brexit, mais aussi des premières décisions économiques de Donald Trump, nouveau président des Etats-Unis. La reprise économique est plus modérée que prévue. Elle est tardive et incertaine, menacée par les prévisions d’inflation. La prévision d’une inflation de +0,4% en 2017 semble raisonnable, mais la courbe que vous présentez est elle-même à un niveau plus proche de +0,8%, au moment où l’Union européenne affiche elle une inflation supérieure à 1%… Et les salaires ne suivent malheureusement pas cette tendance et continuent de stagner.

Enfin, en termes de fiscalité, la revalorisation des valeurs locatives – des bases, se fera en fonction de l’inflation constatée et non plus votée, et c’est une bonne chose ! Mais depuis quatre ans, les revalorisations décidées par vos amis ont permis d’augmenter « en douce » de +3,5% la fiscalité locale des ménages alors que vous affichiez dans la communication du bloc communal une stabilité rassurante des taux.

On peut feindre de regarder ailleurs, mais les chiffres finissent toujours par s’imposer. Et dans le contexte globalement peu optimiste que vous décrivez vous-même, plus on se rapproche du cœur de la Métropole et plus les signes du déclin et de l’appauvrissement se confirment.

Si l’emploi semble se redresser un peu, c’est d’abord « dans les secteurs de l’action sociale, de l’enseignement et de la santé ». Ce sont cependant des secteurs qui sont d’abord financés par l’argent public, et qui sont pour longtemps sous forte contrainte budgétaire, ce qui grève leur avenir dans la situation de crise bien installée ici. S’il y a une timide croissance de l’emploi marchand, elle nous touche peu et le commerce de proximité montre toujours  un triste visage, comme le soulignait le président des « vitrines de Brest » pendant les fêtes.

La déprime de l’activité industrielle est elle aussi bien réelle, avec notamment une année 2016 bien sombre pour Damen par exemple. Et ce n’est pas « une visibilité agroalimentaire limitée », selon vos propres termes, ou une nouvelle Criée encore à la peine qui peut rétablir la situation. Si le bâtiment va légèrement mieux, c’est porté par l’endettement, ce qui n’est pas rassurant pour l’avenir !

Dans ce contexte moins encourageant que vous semblez le croire, votre politique est très menacée ! Comment réaliserez-vous le programme d’investissement du mandat, même bloqué à une cinquantaine de millions d’€ par an, alors que vous insistez vous-même sur l’exigence d’une baisse drastique des dépenses de fonctionnement, et alors que « le bloc communal se retrouve aujourd’hui en première ligne de l’investissement local » ? Vous voilà prisonnier de « l’effet de ciseaux » entre baisse des recettes et montée des charges. Et ce ne sont pas les perspectives d’une croissance atone qui vont vous aider, ni cette augmentation inexorable de charges, les charges à caractère général en particulier, notamment sous le poids des subventions pour +1,6% en 2016.

Il est très inquiétant en effet pour l’avenir de la Métropole de voir la fiscalité économique venir au secours de vos recettes, avec un produit en hausse globalement de près de 3% ! Le commerce local déjà bien moribond devra encore contribuer pour que la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) puisse progresser de 12,2% avec le pic de recette de 2017… Il est tout aussi inquiétant de voir la pression sur les taxes ou les tarifs publics se poursuivre, par exemple sur le stationnement ou les déchets…

Concernant maintenant la dette, vous insistez sur le désendettement sans rappeler qu’il est surtout le fruit de transferts opportuns vers certains de vos satellites. Vous vous félicitez de stabiliser le ratio de désendettement en dessous de la zone orange : les incertitudes pesant sur les perspectives d’évolution d’ici 2021 font douter fortement de votre capacité à maintenir cette stabilité, et même votre capacité à ne pas « exploser » dès 2019 le plafond que vous vous êtes fixé à 10, à mi-chemin de la zone orange. Sauf bien sûr à renoncer à des investissements ou à devoir utiliser comme d’autres la vieille recette de la fiscalité des ménages…

Concernant enfin votre ressource humaine, poste majeur des dépenses, on peut observer que le temps de travail annuel d’un agent est inférieur à la durée légale. Nous sommes là plus proches de 33h et demi par semaine que des 35h. Depuis 2005, le territoire se prive donc d’environ 46 équivalents temps plein (ETP) par an…

C’est peut-être légal, mais est-ce vraiment pertinent dans le contexte contraint que vous décrivez ? Si on prolonge la réflexion au thème de la réorganisation du travail, et si on retient par exemple les hypothèses d’une grande société industrielle largement contrôlée par l’Etat, à savoir « une augmentation moyenne du temps de travail efficace de 20mn par jour », sans diminution de la durée légale, comme l’indique la presse locale, c’est une réserve globale de plus de 200 ETP dont vous pourriez disposer. Voilà un bon thème pour une stratégie numérique !

Ne croyez pas que de vous voir enfin partager ce triste bilan nous fasse plaisir. Les difficultés pèseront d’abord sur ceux qui vous ont fait confiance, et plus encore sur ceux qui ne font plus confiance à personne… Et il n’est pas sûr que le retour des utopies dangereuses suffise à les effacer…

D’ailleurs, ce document financier donne peu d‘indications sur les mesures pratiques que vous envisagez de prendre, et on peut douter du réalisme de celles qui peuvent être relayées par les médias. Nous pouvons vous suggérer quelques orientations :

–      Pourquoi ne pas rompre enfin avec votre politique de construction de logements avec un moratoire sur les nouveaux quartiers d’habitat auxquels vous comptez consacrer encore plus de 4 M€ ?

–      Pourquoi ne pas moderniser et surtout simplifier l’organisation de votre système, plutôt que de toujours chercher la solution dans les effectifs ? Une stratégie numérique orientée dans ce sens aurait pu jouer un rôle déterminant pour briser cet « effet de ciseaux » qui pénalise l’investissement.

–      Pourquoi enfin ne pas fixer de critères plus exigeant en termes de priorité et de service rendu pour toutes les subventions que vous distribuez, y compris aux sociétés, aux organismes qui en bénéficient largement !

Il n’est pas trop tard pour le faire dans votre prochain budget ! »

Ouest-France 4 février 2017
Ouest-France 4 février 2017