Finances de Brest : les signaux négatifs se confirment

Publié le Publié dans Bruno Sifantus, Finances, Interventions et communiqués, Vu dans la presse

Le budget de la Ville de Brest était examiné en conseil municipal, le 2 mars 2017.

Bruno SIFANTUS , conseil municipal et communautaire a rappelé la position des élus du Rassemblement pour Brest et montré combien les signaux négatifs ne font que se confirmer pour les finances de Brest. Nous publions ci-après l’intégralité de son intervention.

 

Ouest-France 3 mars 2017

 » Dans la présentation du projet de budget 2017, Tout est fait pour minimiser les éléments inquiétants du contexte économique général et local, et tenter de préserver une image rassurante de la ville de Brest. Mais il ne faut pas oublier que l’essentiel se passe désormais au niveau de la Métropole, ni négliger les aspects les moins rassurants des orientations budgétaires que vous avez fait voter au mois de janvier dernier. En quelques semaines seulement, les signaux négatifs se confirment, avec devant nous des énergies dont le prix repart à la hausse, et une inversion de la courbe des taux d’intérêts qui nous emmène vers une remontée de ces taux qui sera aussi durable que l’a été la baisse, dont au passage, personne n’a su tirer le meilleur parti pour assainir les finances à tous les niveaux.

Le rapport Péberau pousse aussi un cri d’alerte devant le montant  des dépenses publiques  à 57 % du PIB, très au-dessus de la moyenne européenne avec pour conséquence  un taux de prélèvements  obligatoires  qui se rapproche de la moitié du PIB,  ôtant de fait toute liberté de choix aux ménages eux-mêmes. Pauvre contribuable, pauvre usager qui doit pourtant payer lui, in fine…

Il apparaît clairement en effet que Brest est bien une ville pauvre quand on regarde les statistiques fiscales et financières – en page 4 du budget – et qu’on les compare aux moyennes nationales des collectivités de la même strate. Et ce n’est  pas la montée du tertiaire, des services, au détriment notamment de l’industrie ou encore du BTP, qui est de bon augure pour l’agglomération.

La ville s’appauvrit, et sa population peine à se stabiliser. Le solde naturel de la démographie, c’est-à-dire la différence entre nombre de naissances et de décès, s’annonce durablement négatif en Bretagne et particulièrement dans le Pays de Brest. Ce sont de l’ordre de 3000 nouveaux habitants par an qu’il faut attirer pour contrebalancer les effets négatifs de la démographie locale, et en particulier compenser  la fuite des jeunes qui achèvent leur parcours de qualification.

Mais que peut-on offrir aux nouveaux arrivants avec une économie productive atone, une réparation navale tant militaire que civile qui peine à trouver son marché et s’essouffle, et des projets innovants qui tardent à émerger, comme dans les énergies marines  renouvelables ?

La ville a semble-t-il besoin de cette « immigration interne », même si, comme vous l’avez rappelé récemment, « 70% des ménages sont déjà éligibles au logement social ». Mais comment occuper les nouveaux arrivants, dans un contexte de chômage de masse et alors que l’emploi public ou para public, majoritaire ici, est déjà saturé.

Les conséquences sont déjà perceptibles, avec le sentiment d’une sécurité qui se dégrade, et le développement insidieux d’activités économiques plus souterraines qui donne à ceux qui travaillent ou essaient de travailler, le sentiment d’être les perdants, les oubliés de vos politiques. Vous leur annoncez d’ailleurs qu’ils seront aussi mis à contribution pour financer au travers des charges de leur logement social, le plan d’investissement ambitieux, voire disproportionné en termes de construction neuves, de BMH, organisme pourtant déjà fortement endetté…

Vous soulignez l’effort de maîtrise des charges de fonctionnement, confirmant ainsi les alertes que nous avions lancées sur l’effet de ciseau entre des recettes qui faiblissent et des charges qui peinent à se stabiliser. Mais les hypothèses retenues sont peu réalistes, et cachent de fait des charges qui devraient se révéler bien supérieures à vos prévisions.

On peut s’étonner d’ailleurs de voir les dépenses de réception augmenter de 17%. On peut regretter aussi le manque de clarté et de discernement de votre politique de subvention par exemple  concernant les foyers-logements.  C’est l’ensemble des subventions qu’il faut réexaminer, y compris celles qui sont au bénéfice des satellites de la ville et de la métropole, et pas seulement le cas des associations. C’est par la maîtrise des dépenses que passe le redressement. La priorité ne doit être donnée que si un réel service est rendu, que si ce service n’est pas accessible via le marché, et sous réserve d’un contrôle effectif pour lequel la collectivité devrait-être mieux organisée.

Concernant la dette, enfin, et si l’on ne regarde que le budget de la ville, la politique  de désendettement pourrait paraître vertueuse. Mais, faut-il le rappeler, la part locale des engagements du contribuable brestois est beaucoup plus forte que l’encours de 42 M€ que vous en montrez ici, et donc plus important que le poids de 289 € par habitant mis en avant. Pour avoir une vision plus exacte des engagements qui pèsent sur la population citadine, il faut, vous le savez bien, ajouter plusieurs éléments :

  • D’une part chaque contribuable de Brest est également contribuable de Brest Métropole, et responsable des endettements correspondants.
  • D’autre part et par l’intermédiaire des participations conjointement majoritaires de  la ville et de Brest Métropole au capital des organismes satellites, le contribuable Brestois est légalement responsable de leur endettement en raison des garanties bancaires exigées par les organismes prêteurs.

En conclusion :

Contrairement à la tonalité de votre communication, le projet de budget reste très défensif. Il essaie de faire de Brest une ville « présentable », au moins au travers des statistiques communales, même si elles ne sont plus représentatives de la réalité qui se joue plus largement au niveau de la Métropole, voire du Pays de Brest.  Et rien dans les projets de la ville ne laisse entrevoir une possible relance.

Tout ceci ne manque pas d’entretenir nos préventions, et notre inquiétude. Même si  des « marchands d’utopies » se succèdent ici pour nous faire croire le contraire. Des utopies d’autant plus dangereuses qu’elles contiennent en germe les frustrations et les révoltes futures de ceux-là même qui auront cru à la manne infinie de l’argent public, et à la rotation sans fin de la « planche à billets » européenne…

Nous voterons donc contre ce budget 2017″