Colette Le Guen BoucherLe conseil municipal de Brest du 2 mars 2017 a permis à Colette LE GUEN – BOUCHER de revenir sur la décision prise le 6 février 2017, par le CCAS de Brest (Centre Communal d’Action Sociale), de fermer le foyer-logement du quartier de Saint Marc. A mi-chemin entre le maintien à domicile et le placement en hébergement collectif, il assure aux personnes âgées, à petits revenus, l’accès à des soins médicaux quotidiens tout en préservant leur indépendance.

Le coût de la réfection de cet établissement, budgétisée à 800 000,  étant jugé trop élevé par l’équipe Cuillandre, les 39 résidents du foyer-logement sont fortement poussés vers la sortie, charge à eux et aux familles, pour la plupart, de chercher une nouvelle solution d’hébergement.

Nous regrettons, qu’une fois de plus, sans étude sérieuse, la majorité municipale hâte une décision qui nécessiterait pourtant une concertation préalable avec les résidents, leurs familles et les professionnels de santé.

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’intervention de Colette LE GUEN – BOUCHER

« Monsieur le Maire,

La perspective de fermeture du foyer-logement de Saint-Marc crée depuis plusieurs semaines, à juste titre, beaucoup d’émois dans la population saint-marcoise, chez les résidents et leurs familles.

Ce projet a donné lieu à un vote en conseil du CCAS et je souhaite ici  revenir  sur ce projet.

La fermeture de ce type de structures  foyers-logement en général répond à une orientation de la politique nationale axée sur le maintien  à domicile de nos ainés, avec un impératif   conférer aux personnes âgées   les conditions d’un vieillissement apaisé et de plus en plus sécurisé, notamment grâce aux multiples intervenants  gravitant autour du domicile.

Le maintien à domicile nous le savons bien et toutes les études le corrobore,  est aussi un des facteurs essentiel dans l’espérance de vie  et dans la qualité de vie, ce que l’on appelle l’optimisation du vieillissement.

Dans ce cadre le foyer-logement devient une structure obsolète entre le maintien à domicile et l’EHPAD (lieu d’accueil de la dépendance). Il faut sans doute faire évoluer les modes d’accueil pour les mettre en conformité avec la société.

Dans le même temps si nous évoluons vers une vision  consumériste de santé  où le « patient » est devenu un client, si nous acceptions que   le terme de rentabilité  est plus important que celui d’humanité, alors nous allons très vite  dériver vers la fermeture trop hâtive  de certaines structures, comme c’est le cas aujourd’hui  avec les foyers-logements.

Au vu des informations transmises lors du conseil du CCAS, la réalité du foyer de St Marc telle qu’elle nous a été  présentée en terme d’occupation des studios et du profil des résidents nous a fait un temps adhérer  au vote du conseil.

Mais, depuis  ne cessent d’apparaitre des éléments non portés à notre connaissance. Ceux-ci sont de nature à  apporter un éclairage nouveau sur ce dossier.

Plusieurs points sont à relever :

  • Le nombre de studios occupés,
  • La classification GIR faisant état  d’un groupe 4,5 et 6 plus important même si on note une augmentation des gir 4 marquant la fragilité de l’autonomie plus présente dans la structure
  • La difficulté pour les résidents à faire face à un tel déracinement même si un accompagnement par un psychologue leur est proposé.
  • Peut-on évaluer les préjudices impactés par cette rupture dans leur quotidien à court, moyen et long terme
  • Qu’en est-il aussi de la proposition d’accueil qui leur est faite. Certes, la direction se doit de recevoir ses résidents et leurs familles, mais d’ores et déjà ne les presse-t-on pas à envisager par eux-mêmes un autre placement. Cet état relève aussi de la responsabilité de la Collectivité. Deux résidents seraient déjà sur le départ.

Or, il incombe à la Collectivité et ses représentants et intervenants  dans le domaine social de dégager des solutions individualisées, ajustées à chaque personne et de l’accompagner tout au long du processus.

Il est pour nous, élus du Rassemblement pour Brest, essentiel de mettre en place une relation d’aide qui ne s’inscrit pas  sur un instant T, mais sur la durée. Abandonner les résidents et leur famille serait en tout point détestable.

  • Nos aînés, il pourrait d’ailleurs s’agir d’un parent, d’un ami, d’un ancien voisin, sont aussi notre mémoire, notre passé, notre histoire. Peut-on ainsi abandonner ses racines et sa mémoire.

Nos ainés  font partie de nous du « Nous collectif » de notre communauté. Cela nous oblige à des devoirs particuliers envers eux à les accompagner le plus dignement possible  dans toutes les ruptures qu’ils subissent et d’autant plus si nous sommes responsables de ces ruptures.

  • Autre questionnement, celui du devenir du bâtiment comme le bâtiment contigu. Il y a 20 ans les terrains avaient été cédés dans la seule perspective d’y réaliser une structure d’accueil pour les personnes âgées. Sur le plan juridique le temps à passer bien sûr  mais  sur le temps moral pouvons-nous dévoyer cette affectation ?
  • Est-il envisagé ou pourquoi ne pas avoir réfléchi et anticiper, face à l’évolution  du profil des personnes âgées et l’augmentation de la dépendance, l’orientation de cette structure d’accueil pour la faire évoluer vers  une « Résidence pour l’autonomie » bénéficiant  des dispositifs de l’aide sociale ? Vous auriez alors permis  aux résidents actuels de se projeter  pour l’avenir dans un univers familier, modernisé et répondant aux enjeux du 4e âge.
  • Il serait opportun que nous disposions d’une photographie précise de la population âgée brestoise en termes d’autonomie, de logements, de prise en charge au domicile, de placement en EHPAD. Cet état des lieux permettrait de construire l’accompagnement, de définir les besoins actuels et futurs et d’éviter des situations de souffrances vécues lors de changements brutaux !!
  • Enfin, quid de la vie de quartier à Saint-Marc, l’impact sur les professions paramédicales, les commerces….

En conclusion M. le Maire

 Sur quel registre devons-nous  nous placer  face à un tel sujet  : La RAISON ou le CŒUR ?

La raison  ne retiendrait que le caractère obsolète du foyer-logement.

Le cœur nous impose aussi   pour  l’exposé que je viens de vous faire de nous pencher avant toute décision définitive   sur   le nécessaire maillon à imaginer entre le maintien à domicile et l’EHPAD, répondant à la réalité de la population des personnes âgées   aujourd’hui et plus crainte  dans l’avenir.

Ne pas oublier non plus le lien qui parfois se distend dans les familles, l’éloignement des enfants et petits-enfants,  générateur de solitude avec son lot d’angoisses.

Nos ainés ont besoin de vieillir de façon apaisée  en les maintenant le plus longtemps possible dans l’autonomie et dans les actes de la  vie quotidienne.

Ils aspirent  surtout  à  vieillir  entourés et libérés des angoisses du lendemain.

Voilà le défi qui se pose à Nous collectivement. Le projet de fermeture du foyer-logement sans solution pérenne sur le secteur n’y répond pas à ce stade. »