cérémoniesPrises de position

les 60 ans de la Constitution

Il y a 60 ans, le Général de GAULLE  dotait la France d’une nouvelle constitution.

La Vème république était née et, avec elle,  60 ans de stabilité de nos institutions.

Le Rassemblement pour Brest   souhaite  célébrer cet anniversaire en publiant ci-après, les discours  d’André MALRAUX et du Général de GAULLE  prononcés  le 4 septembre 1958,  à quelques jours du référendum approuvant  le projet de nouvelle constitution voulue par le Général.

 

Discours d’André MALRAUX

 

« Citoyens, citoyennes,

Quand le quatorze juillet, j’ai dit place de l’Hôtel de Ville, que si certains voulaient la république sans le Général de Gaulle, et d’autres le Général sans la république, la France elle voulait la république avec le Général de Gaulle. Il était bien imprudent de m’opposer que le peuple de Paris ne serait pas au rendez-vous du Général de Gaulle avec la république, le peuple de Paris est là ! Pour la France, merci témoins !

Ce qu’est pour nous la république, nous ne l’avons jamais si bien compris que pendant les années d’occupation. Sur les socles déserts, la vieille voix alors sans visage disait : on a pu chasser mes effigies, mais nul n’a pu les remplacer. Il n’est au pouvoir de personne de m’arracher du cœur des français, ce n’est pas parce que je suis pour eux le souvenir de jeux politiques désastreux, qui ont mis sur ma face victorieuse le masque de la défaite, mais parce qu’absent ou présent, français, je suis une part ineffaçable de votre fierté fraternelle.

Pour ceux des maquis, j’ai souvent le visage d’un vieux maire, ancien combattant de 14, avec son bras qui manque et ses cheveux blancs. Un monde qui ne connaît pas d’égalité absolue, j’ai jadis imposé l’égalité des hommes devant moi, En un temps où pour tous les peuples d’Europe, la France trouvait dans la révolution sa nouvelle mission, je me suis appelé la révolution. J’étais le courage, j’étais la justice, j’étais l’espoir. A Jemmapes comme à Rivoli, et encore obscurément dans les bois d’Austerlitz.

C’est de moi que parle la radio brouillée qui monte avec la nuit, lorsqu’elle parle du gouvernement provisoire de la république française. Aussi longtemps que ne seront pas chassés ceux qui tentent de conquérir l’Europe au nom de l’inégalité des peuples et des races, comment oublierait-on les soldats de l’an II, qui la firent danser au nom de la liberté.

En 1941, le chef des français libres avait déclaré : « nous disons liberté, égalité, fraternité », Parce que notre volonté est de demeurer fidèles aux principes démocratiques que nos ancêtres ont tiré du génie de notre race et qui sont l’enjeu de cette guerre pour la vie ou pour la mort.

Le souvenir de la république n’était pas pour nous celui de la douceur de vivre, moins encore celui des combinaisons ministérielles, pas même celui du romanesque de 1848 du sursaut de la commune.

C’était pour nous alors comme pour vous aujourd’hui, comme toujours pour la France, le souvenir de la Convention, la nostalgie de la ruée de tout un peuple vers son destin historique, la fraternité, mais la fraternité dans le combat et dans l’espoir.

C’est devant cette république là que le chef du gouvernement va présenter le projet de la nouvelle constitution. Danton et Saint-Just proclamaient que la république est le contrôle du gouvernement par les élus du peuple, Ils ne proclamaient pas qu’elle devait en être la paralysie. Le combat n’est plus l’épopée de jadis, mais il est de nouveau l’effort opiniâtre de tous. L’espoir est immense même dans l’ordre de la justice, car de ce qui fut l’empire colonial de la IIIe république, la Ve va faire avec vous la communauté. Le pays sait que la Ve république apporte avec elle une chance et un espoir, alors que la IVe ne portait plus en elle qu’échecs ou abandons.

Et vous ne vous laisserez arracher votre espoir ni par ceux qui ont intérêt à la faiblesse de la république, ni surtout par ceux qui crient là-bas parce qu’ils ont intérêt à la faiblesse de la France. Les institutions deviennent ce qu’en font les nations.

C’est à vous qu’il appartient de tenter de faire de la Ve république l’héritière de la Ière, Ou l’héritière de la machine à crise ministérielle à laquelle Dien Bien Phu semblait annoncer une grande nuit funèbre.

Au-delà des textes juridiques, fussent-ils les meilleurs, et encore imparfaits comme le sont les textes et les hommes, vous choisirez entre la volonté de résurrection nationale et l’effacement de notre pays, En réponse à un homme qui tient de l’histoire le droit de nous appeler en témoignage, mais dont l’entreprise ne peut tenir que de vous sa légitimité. Nul ne peut refaire la France sans les français, et la république leur répète à tous ce que leur disait naguère la voix assourdie de la république exilée, je veux redevenir la France. Parmi vous, nombreux sont encore ceux qui ont entendu nuit après nuit,

« Ici Londres. Les français parlent aux français, honneur et patrie, vous allez entendre le général de Gaulle ».

Ici Paris, le Paris de tous ces quartiers, depuis la Porte d’Italie jusqu’au rond-point de la Défense. Ecoute pour la France, république de bronze, la réponse de la vieille nymphe glorieuse. Ici Paris ! Honneur et patrie ! Une fois de plus, français au rendez-vous de la république et au rendez-vous de l’histoire, vous allez entendre le Général de Gaulle.

 

Discours de Charles de GAULLE

 

« C’est en un temps où il lui fallait se réformer ou se briser que notre peuple, pour la première fois recourut à la république. Jusqu’alors, au long des siècles, l’ancien régime avait réalisé l’unité et maintenu l’intégrité de la France. Mais tandis qu’une immense vague de fond se formait dans les profondeurs, il s’était montré hors d’état de s’adapter au monde nouveau.

 

 C’est alors qu’au milieu du drame national et de la guerre étrangère apparut la république. Elle était la souveraineté du peuple, l’appel de la liberté, l’espérance de la justice. Elle est restée cela à travers les péripéties agitées de son histoire. Et aujourd’hui autant que jamais, nous voulons qu’elle le demeure. Certes la république a revêtu des formes diverses au cours de ses règnes successifs.

En 1792, révolutionnaire et guerrière, elle a renversé les trônes et les privilèges, pour succomber huit ans plus tard dans les troubles et dans les abus qu’elle n’avait pu maîtriser.

En 1848, on l’a dit s’élever au-dessus des barricades, se refuser à l’anarchie, se montrer sociale au-dedans et fraternelle au dehors. Et puis s’effacer bientôt, faute d’avoir accordé l’ordre avec l’élan du renouveau.

Le 4 septembre 1870, au lendemain de Sedan, on la vit s’offrir au pays, pour réparer le désastre. De ce fait, la république sut relever la France, reconstituer les armées, recréer un vaste empire, renouer des alliances solides. Elle sut faire des lois, de bonnes lois sociales, développer l’instruction, si bien qu’au jour de la guerre mondiale, de la première guerre mondiale, elle eut la gloire d’assurer notre salut et notre victoire.

Le 11 novembre, quand le peuple s’assemble et que les drapeaux s’inclinent pour la commémoration, le témoignage que la patrie décerne à ceux qui l’ont bien servie s’adresse aussi à la république. Cependant, le régime contenait des vices de fonctionnement qui sans doute étaient supportables en une époque statique, Mais qui étaient incompatibles avec les mouvements humains, les changements économiques, les périls extérieurs qui précédaient la deuxième guerre mondiale. On y eût remédié, les événements terribles de 1940 emportèrent tout.

Mais quand le 18 juin commença le combat pour la libération de la France, il fut aussitôt proclamé que la république à refaire serait une république nouvelle. La résistance toute entière ne cessa pas de l’affirmer. On ne sait que trop ce qu’il advint de ces espoirs. On sait, on ne sait que trop, qu’une fois le péril passé, tout fut livré et confondu à la discrétion des partis. On sait, on ne sait que trop quelles en furent les conséquences.

A force d’inconsistance et d’instabilité, quelles que fussent les intentions et souvent la valeur des hommes, Le régime se trouva privé de l’autorité intérieure et de l’assurance extérieure sans lesquelles il ne pouvait agir. Il était inévitable que la paralysie de l’Etat entraînât une grave crise nationale, et qu’aussitôt la république fut menacée d’effondrement.

C’est dans la légalité que moi-même et mon gouvernement avons assumé le mandat exceptionnel d’établir un projet de constitution nouvelle et de le soumettre à la décision du peuple. Nous l’avons fait sur la base des principes posés lors de notre investiture, nous l’avons fait en coopération avec le conseil consultatif institué par la loi.

Nous l’avons fait compte tenu de l’avis solennel du conseil d’Etat. Nous l’avons fait après délibération très libre et très approfondie de nos conseils de ministres, ceux-ci formés d’hommes aussi divers que possible de tendances et d’origines et résolument solidaires.

Nous l’avons fait sans avoir à aucun moment attenté à aucun droit du peuple et à aucune liberté publique. La Nation qui seule est juge approuvera ou repoussera notre œuvre, mais c’est en toute conscience que nous la lui proposons.

Ce qui dans les pouvoirs publics est aujourd’hui primordial, c’est leur efficacité et leur continuité. Nous vivons dans un monde que des forces gigantesques sont en train de transformer. Sous peine de devenir un peuple périmé et dédaigné, il nous faut dans le domaine scientifique, économique, social, évoluer rapidement. A cet impératif correspondent d’ailleurs le goût du progrès, la passion des réussites techniques qui se font jour parmi les français et d’abord dans notre jeunesse.

Il y a là des faits qui dominent notre vie nationale et qui par conséquent doivent commander nos institutions. La nécessité de rénover l’agriculture et l’industrie françaises, de procurer les moyens de vivre, de travailler, de s’instruire, de se loger à notre population rajeunie. D’associer les travailleurs à la marche des entreprises nous pousse dans les affaires publiques à être dynamiques et expéditifs. Le devoir d’assurer, de rétablir la paix en Algérie, ensuite celui de la mettre en valeur, enfin celui de fixer son statut et sa place dans notre ensemble, nous impose des efforts difficiles et prolongés. Les perspectives que nous ouvrent les ressources du Sahara sont magnifiques certes mais complexes. Les rapports de notre métropole avec les territoires d’outre-mer exigent une adaptation profonde.

Dans l’univers, les courants qui le traversent mettent en cause jusqu’à l’avenir de l’espèce humaine. Ils portent la France à se garder tout en jouant le rôle de mesure, de paix et de fraternité que lui dicte sa vocation. Telles sont les conditions dans lesquelles nous eûmes à établir notre projet de constitution.

Nous l’avons fait pour le peuple que nous sommes, au siècle et dans le monde où nous sommes. Nous l’avons fait de telle sorte que notre pays puisse être en fin de compte et décidément dirigé par ceux qui le mandatent et lui accordent la confiance qui anime la légitimité.

Qu’il existe au-dessus des querelles politiques, qu’il existe un arbitre national élu par les citoyens qui ont un mandat public, Qui soit chargé d’assurer le fonctionnement régulier des institutions, qui ait le droit de recourir au jugement du peuple souverain, Et qui réponde en cas d’extrême péril de l’indépendance, de l’intégrité, de l’honneur de la France et du salut de la république.

Qu’il existe un gouvernement qui soit fait pour gouverner, à qui on en laisse le temps et la possibilité, qui ne se détourne pas par rien d’autre de sa tâche, et qui ainsi mérite l’adhésion du pays.

Qu’il existe un parlement destiné à représenter la volonté politique de la Nation, à voter des lois, à contrôler l’exécutif mais s’en sortir de son rôle.

Que le gouvernement et le parlement collaborent mais restent séparés dans leurs responsabilités, aucun membre de l’un ne pouvant en même temps être membre de l’autre. Telle est la structure équilibrée que doit revêtir le pouvoir, le reste c’est l’affaire des hommes.

Qu’un conseil social et économique désigné par les organisations professionnelles et syndicales du pays et de l’outre-mer, en dehors de la politique, fournisse ses avis au gouvernement et au parlement.

Qu’un comité constitutionnel soit qualifié pour vérifier que les lois votées sont conformes à la constitution, que les élections, Toutes les élections aient lieu régulièrement, que l’autorité judiciaire soit assurée d’indépendance et puisse ainsi rester la garante des libertés de chacun. La compétence, la dignité, l’impartialité de l’Etat en seront mieux garanties.

Qu’entre la métropole, la Nation française et les territoires d’outre-mer qui le veulent soit formée une communauté où chaque territoire deviendra un Etat qui se gouvernera lui-même, tandis que la politique étrangère, la défense, la politique économique et financière, la monnaie, le contrôle de la justice, l’enseignement supérieur et les communications lointaines constitueront un domaine commun dont auront à connaître les organes de la communauté, président, conseil exécutif, sénat, cours d’arbitrage. C’est ainsi que sera profondément rénové l’ensemble humain groupé autour de la France. Ce ne sera fait d’ailleurs que par la libre détermination de tous.

En effet, chaque territoire aura la faculté par son vote au référendum, soit d’accepter la proposition de la France, soit de la refuser et par là même de rompre avec elle tout lien. Et ensuite, devenu membre de la communauté, chaque territoire pourra dans l’avenir, à une date que je ne précise naturellement pas, Et après s’être mis d’accord avec les organes communs, assumer lui-même la charge de son destin indépendamment des autres. Que pendant les quatre mois qui suivront le référendum, le gouvernement ait la charge des affaires publiques, qu’il ait à fixer notamment le régime électoral, Ainsi par mandat du peuple, seront prises les dispositions nécessaires à la mise en place des futures institutions.

Voilà, françaises, français, de quoi s’inspire, en quoi consiste la constitution, qui le 28 septembre sera soumise à vos suffrages. De tout mon cœur, au nom de la France, je vous demande de répondre « oui » !

Si vous ne le faites pas, nous retomberons le jour même dans les errements que vous savez.

Si vous le faites, la république deviendra forte et stable, pourvu que les hommes responsables sachent désormais le vouloir. Mais aussi, cette manifestation positive de la volonté nationale sera le signe que le peuple français recouvre son unité et du coup les chances de sa grandeur.

 Le monde qui discerne très bien quelle importance notre décision va revêtir pour lui-même, le monde en tirera la conclusion, peut-être l’a-t-il en ce moment même tirée. Et une immense espérance s’élèvera sur la France, peut-être mais je le crois, s’est-elle déjà levée.

Vive la république, vive la France !

S’il vous plaît, avant de nous séparer, tous ensemble, chantons l’hymne national, la Marseillaise. »