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La politique Cuillandre c’est plus de béton et de bitume, moins de terres agricoles ou d’espaces naturels

Le Conseil de Brest Métropole du 12 octobre 2018 a été l’occasion pour Bernadette MALGORN, présidente du Rassemblement pour Brest de revenir sur la politique de l’équipe Cuillandre en matière d’atteinte à l’environnement, une politique caractérisée « par une propension à plus d’étalement urbain, plus de béton et de bitume, plus de minéralité, plus de pression sur les terres agricoles ou sur les espaces naturels sensibles. »

Bernadette MALGORN a notamment évoqué plusieurs points qui ont récemment fait l’actualité et qui illustrent la vision débridée de l’exécutif métropolitain. Nous reproduisons ci-après l’intervention de la présidente du Rassemblement pour Brest en séance de la Métropole.

 

Monsieur le Président,

« La sagesse de la terre est une complicité totale entre l’homme et son environnement ». Ces paroles de Pierre-Jakez Hélias résonnent aujourd’hui, quelques jours après la publication du nouveau rapport du GIEC, avec une particulière actualité.

L’envergure planétaire de la question ne doit pas nous intimider. Nous avons, nous aussi, comme acteurs locaux, une contribution à y apporter.

Hélas ! Vos politiques métropolitaines sont toujours marquées par une propension à plus d’étalement urbain, plus de béton et de bitume, plus de minéralité, plus de pression sur les terres agricoles ou sur les espaces naturels sensibles.

Le grignotage des terres agricoles a été récemment entériné sur la ZAC de la Fontaine-Margot par le compromis que vous avez signé avec les exploitants des fermes de Traon-Bihan et de Kérivin Vao. S’ils peuvent ainsi poursuivre leur activité grâce à des terres libérées par ailleurs, et nous nous en réjouissons, le bilan pour le foncier agricole est négatif.

Nous ne sommes pas des ayatollahs verts et nous avons voté pour les ZAC à vocation économique permettant la création d’emplois. Et si nous avons voté contre la ZAC de la Fontaine Margot, c’est qu’elle ne répondait à l’intérêt général, les besoins en logements pouvant encore pour des années être couverts dans le périmètre déjà urbanisé.

Parlons aussi du SCoT. Le projet du syndicat vient de recevoir un avis défavorable: à l’unanimité des commissaires enquêteurs. Nous avions fait part dans cette enceinte, lors de la séance de 11 décembre 2017 de certaines interrogations et réserves et nous nous étions abstenus. Nous avions souhaité que vous puissiez en tenir compte. Cela n’a pas été le cas. Nous les avons réitérées auprès des commissaires enquêteurs[1]

Certes les enjeux du SCOT du Pays de Brest affichés dans son Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) étaient ambitieux, les constats formulés souvent justes. Pour autant, le Document d’Orientation et d’Objectifs (DOO), pivot opérationnel du SCOT qui devait proposer des perspectives à 50 ans, n’est pas à la hauteur de ces ambitions. En outre son imprécision laisse craindre que leur contournement serait aisé.

Nous considérons que le projet en l’état prenait acte du déséquilibre d’aménagement régional et inter-régional comme au sein du pays de Brest sans y répondre. Le tout constitue une vision essentiellement administrative.

Nos observations portaient sur les cinq thèmes suivants :

–       l’absence de vision maritime ;

–       l’approche trop globale en matière de logements ;

–       le besoin en zones d’activité et la défense du commerce de proximité ;

–       l’absence de lisibilité sur les besoins en déplacements (la grande vitesse ferroviaire, le contournement Nord-Brest, le franchissement de la Villeneuve…) ;

–       les besoins et un approvisionnement en énergie sous-évalués et les EMR.

L’avis négatif de la commission d’enquête met en avant notamment les aspects liés à l’environnement, à l’étalement urbain, à la pression sur les terres agricoles.

Il nous paraît trop sévère s’agissant de la loi Littoral. Nous savons que l’organisation spatiale particulière de nos terroirs avec notre habitat dispersé, nos villages et nos hameaux, appelle une vision pragmatique de son application.

L’objectif de réduction de la consommation d’espace affiché dans le projet de SCOT constitue un signal positif. Cependant, la réduction de 20% finalement retenue est insuffisante, compte tenu du rythme anormalement élevé de la période précédente. Quant à la production de logements, les objectifs affichés sont plus réalistes[2] mais restent trop globaux et est loin de correspondre aux tendances démographiques.

Sur la seule métropole brestoise, entre 2008 et 2014, 100 hectares ont été ouverts à l’urbanisation. Depuis 2014, 25 hectares supplémentaires l’ont été, sur huit zones. Ces extensions étaient justifiées par des diagnostics dépassés (Vern, Fontaine Margot, Messioual, Kerlinou…) et 75 hectares supplémentaires sont programmés sur les zones du Rody-Costour.

Cette politique d’étalement urbain par de nouveaux lotissements, outre qu’elle n’est pas neutre sur le plan environnemental, contribue, dans le contexte de notre stagnation démographique, à la dévitalisation du cœur de ville. Elle exige aussi la création de nouvelles infrastructures et de nouveaux services pour répondre aux besoins légitimes de leurs habitants.

Souvenez-vous que nous avions, dès 2014, préconisé un moratoire sur les nouvelles zones d’habitat de Brest et une intensification du renouvellement urbain.

J’en viens maintenant au projet de contournement Nord de Brest: 10 ans de perdus ! 10 années d’erreurs et d’entêtement sur ce projet. A croire que vous avez la hargne d’un César contre le petit village gaulois du Restic qui ose vous résister.

Le contournement du nord de l’agglomération est stratégique pour fluidifier et permettre d’améliorer les déplacements sur un axe Est/Ouest et favoriser le développement à l’Ouest de la Métropole. La recherche d’une nouvelle solution de contournement doit se fonder sur des données actualisées.

Or vous relancez aujourd’hui une procédure de concertation sur la base de diagnostics datant de 2008. Nous l’avions constaté lors de l’audition de notre groupe le 2 mars 2018  par le Cabinet MD Conseils (Mikael Dereux) mandaté par la Métropole, dans le cadre «  d’une étude de contexte », selon votre courrier du 12 février de cette année. Nous en attendons toujours le compte complet des travaux de ce cabinet de consultants.

Sur le fond, la création de nouveaux quartiers comme Messioual ou la Fontaine-Margot, la mise en service du tramway et les modifications des lignes de bus, l’extension du Centre Leclerc et l’ouverture de nouvelles bretelles ont changé les données du problème. On ne peut donc sérieusement s’engager dans un projet aussi daté. Cette absence d’analyse des besoins et d’études sur les flux et de type émetteur/récepteur rend caduque l’ensemble des données du dispositif.

Or, vous pouviez dès 2016 après l’annulation par le tribunal administratif de la déclaration d’utilité publique du  projet d’aménagement de la voie de liaison entre la RD 112 (Kergaradec) et la RD 205 (Le Spernot), saisir l’occasion d’abandonner l’option actuelle et d’étudier réellement un nouveau schéma de contournement au Nord de l’agglomération.

Nous avons des ambitions pour Brest, pour la métropole. Pour les réaliser, il faut changer de méthode. Nous proposons des orientations ambitieuses et réalistes, au service de tous les Brestois et de la Métropole.

 

[1] Lettre du 2 juillet 2018

[2] 1300 logements annuels sur le territoire du Pays de Brest.